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MICHEL BUTOR
Courir les routes
Ce texte est paru en 2005 dans Le Bonheur de la littérature aux Presses Universitaires de France en hommage à Béatrice Didier. Il est repris dans le tome X des œuvres complètes.
Béatrice Didier est professeur émérite de littérature à l’école normale supérieure, spécialiste de littérature française des XVIIIe et XIXe siècles.
Elle fut l’interlocutrice de Michel Butor dans « Le retour du Boomerang » (1988 PUF).
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Ci-dessous, la première partie de ce texte
3) La roulotte laboratoire
Voici, le véhicule avec lequel Alexandre Dumas fait apparaître les sorciers modernes dans la France Louis XV.
“La caisse principale... était peinte en bleu clair et portait en pleins panneaux un élégant tortil de baron, surmontant un J et un B artistement enlacés.”
Ce sont les initiales de Joseph Balsamo dans le roman qui porte son nom.
“Deux fenêtres... avec des rideaux de mousseline blanche donnaient du jour dans l’intérieur ; seulement ces fenêtres à peu près invisibles au profane vulgaire, étaient pratiquées dans la partie antérieure de cette caisse et donnaient dans le cabriolet. Un grillage permettait à la fois de causer avec l’être, quel qu’il fût, qui habitait cette caisse, et de s’appuyer... contre les vitres sur lesquelles étaient tendus ces rideaux.
Cette caisse postérieure... ne recevait donc le jour que par ces fenêtres, et d’air que par un vasistas vitré ouvrant sur l’impériale ; enfin, pour compléter la série des singularités que ce véhicule offrait aux regards des passants, un tuyau de tôle, excédant cette impériale d’un bon pied pour le moins, vomissait une fumée aux panaches bleuâtres qui s’en allaient blanchissant en colonnes et s’élargissant en vagues dans le sillage aérien de la voiture emportée.”
Quand nous jetterons un coup d’oeil dans l’intérieur, nous nous apercevrons que cette voiture est “hermétique” dans un autre sens encore ; c’est le laboratoire d’un alchimiste :
“Trois murailles chargées de casiers qui eux-mêmes étaient pleins de livres, enfermaient le fauteuil siège ordinaire et sans rival de ce personnage bizarre en faveur duquel on avait ménagé, au-dessus des livres, des tablettes où l’on pouvait placer bon nombre de fioles, de bocaux et de boîtes enchâssées dans des étuis de bois, comme on fait de la vaisselle et des verreries dans un navire ; à chacun de ces casiers ou de ces étuis le vieillard qui paraissait avoir l’habitude de se servir tout seul, pouvait atteindre en roulant son fauteuil que, arrivé à destination, il haussait ou abaissait à l’aide d’un cric attaché aux flancs du siège et qu’il faisait jouer lui-même.
...En face de la portière, outre les fioles et les alambics, s’élevait, plus rapproché du quatrième panneau resté libre pour l’entrée et la sortie..., un petit fourneau avec son auvent, son soufflet de forge et ses grilles, ...employé en ce moment à chauffer à blanc un creuset et à faire bouillir une mixture qui laissait échapper dans ce tuyau que nous avons vu sortir de l’impériale, cette mystérieuse fumée...”
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