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ALAIN FREIXE
Ce texte est paru aux éditions de la Diane française, illustré par Muriel Desambrois
Il y a un jeu du monotype. Il répète dans la différence, il démultiplie mais à chaque fois de l’unique. Il recrée de la distance. Il éloigne. Et à chaque fois, l’image venue de loin nous doue de lointain.
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Les estampages de MD sont des images lointaines d’êtres sans image. Les images de visages scannées, dupliquées ne permettent aucune identification, ne donnent prise à aucun souvenir. Elles scellent l’absence. Les estampes de MD sont lieu offert à sa béance. Leur présent ne compte plus : photos anonymes, photos dérisoires prise dans une étrangeté légèrement inquiétante.
Visages dépouillés de leur chair, le corps de présence. Subsiste les traits, traces. Nul saisissement mais au contraire un dessaisissement, un éloignement, un effacement.
Grâce à l’intégration par MD de ces images à l’espace pictural, manipulations diverses, montage, transfert, les images sont renvoyées à leur statut de traces lointaines, indices d’une absence, à un autre espace, un autre temps, celui du tombeau . Ce sont des tombeaux que peint MD, qu’elle a estampé. Loin que l’image fasse revenir un absent, elle éloigne, aide à partir l’absent conférant à l’absence une absolue profondeur. Et c’est celle du temps.
L’empreinte est une « présence sans présent », trace de rien.
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Auratiques, les monotypes de MD ont le pouvoir de nous faire lever les yeux ! Pouvoir d’interruption. Pouvoir de déchirure. Déchirure qui rive », selon les mots d’ André du Bouchet. De là nous revient le regard – celui-là même qui dormait au fond des tombeaux de Sully Prud’homme. Ce regard reste dans le retrait se contentant de manifester ce pouvoir de la distance. Il est ici le résultat du processus d’empreinte. Ainsi les trois formes noires de MD qui nous font face n’ont pas besoin de se montrer, de montrer leurs traits pour que leur distance nous affecte. Le regard que nous leur portons fait en quelque sorte retour. Il nous revient en fantôme, souffle qui passe et dont les vibrations nous renversent. Dans le ton.
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