Accueil > Les rossignols du crocheteur > BUTOR Michel > 2005 - Une lecture de « Transit » de Michel Butor
RAPHAËL MONTICELLI
Depuis ma lecture de Pique Nique du pied des Pyramides (Michel Butor sur les œuvres d’Henri Maccheroni), je cherche à comprendre comment Butor écrit sur les œuvres des artistes. Comment il passe d’un regard sur une œuvre à un texte qui en rend compte. J’avais réfléchi sur cette question quand la bibliothèque de Nice m’a proposé d’être l’un des contributeurs de l’ouvrage « Michel Butor à Nice » qui devait accompagner l’exposition qui devait lui être consacrée en 2005. Une version du Pique nique figurant dans Transit, le quatrième Génie du lieu, j’ai proposé à Butor et Maccheroni, puis à la bibliothèque, de donner une lecture de cet ouvrage en me focalisant sur la place qu’y occupe Pique nique et le rôle qu’il y joue.
On trouvera sur ce site une approche plus complète de Transit par Henri Desoubeaux..
Ouvrir la lecture que Desoubeaux propose pour Transit.
Pour Henri Maccheroni
Lors de la parution de Transit, le 4e volume de la série du Génie du Lieu, en 1992, j’ai été frappé de la présence et du rôle d’un texte auquel je m’intéressais depuis quelques années : Pique-Nique au Pied des Pyramides (désormais PN). Ce texte m’intéressait d’abord en raison du type de recherche en écriture qu’y développait Michel Butor, ensuite parce qu’il avait à voir avec une œuvre que j’aime à suivre : celle d’Henri Maccheroni.
Il me semble intéressant d’engager ainsi deux lectures de PN : l’une, à l’intérieur de Transit, pour y suivre PN et voir comment il participe de l’économie d’ensemble de l’ouvrage ; l’autre, dans une sorte d’archéologie de PN, pour retracer le cheminement de ce texte, né dans la série des Archéologies-Carré bronze de Maccheroni en 1985 et aboutissant, en 1992, dans le dernier Génie du Lieu. Ce qui, d’une certaine façon, se joue ici, selon moi, c’est le mode de fonctionnement d’une écriture créatrice dans son rapport à deux espaces du sens : celui du livre et celui de l’art.
A.- DANS LE GENIE DU LIEU
Transit se subdivise en deux grandes parties, Transit A (désormais TRA) et Transit B (TRB) ; il est le quatrième titre de la série Génie du Lieu.
Comme le Génie du Lieu 3 (Boomerang), ce nouvel ouvrage entrelace diverses masses de textes : dans les deux cas, alternent 7 masses textuelles - ce que la Table des Matières de Transit, placée au milieu du livre, permet de repérer très aisément - renvoyant, selon des approches variées, à divers espaces géographiques et historiques.
Dès l’abord est ainsi manifeste la continuité de recherche de MB, dans le rôle qu’il assigne à la composition qui fait de chaque masse textuelle à proprement parler une matière qu’il convient de manipuler et transformer, en même temps qu’un espace de sens qui doit se heurter avec d’autres espaces de sens, ou entrer en relation avec eux, comme le font nos espaces culturels, historiques, politiques, géographiques...
Mais apparaît aussi, d’emblée, une différence entre les deux derniers Génies du Lieu : Boomerang usait de 4 couleurs d’encre différenciant les cahiers du livre, ce que Transit ne fait pas ; en revanche Transit dispose de deux entrées, TRA s’ouvrant au recto du livre et TRB au verso.
1.- CARTOGRAPHIE SOMMAIRE DE TRANSIT
À partir d’une lecture de la Table des Matières
ou comment se sculpte un livre
Transit est composé de 7 « matières » ; 3 d’entre elles servent de pivots aux 4 autres, qui se construisent en miroir. Dans chacune des matières, un lieu géographique particulier est dominant.
Ainsi la matière « 13 Stations dans le tourbillon parisien » se répartit en 11 stations en TRA et 2 en TRB ; elle trouve un parfait reflet dans les « 13 lectures dans le calme genevois » qui, inversement se répartissent en 11 lectures en TRB et 2 en TRA.
On retrouve la même construction dans la confrontation entre les “21 Lettres à Frédéric-Yves Jeannet à propos du Mexique”-(19 lettres en TRA, 2 en TRB) et les “21 Classiques de l’art japonais” (19 en TRB et 2 en TRA).
Ce jeu de miroir entre ces 4 matières-textes explore les reflets/inversions PARIS/GENEVE (dont le référent majeur est biographique) et MEXIQUE/JAPON (référent majeur historique) ; il s’articule autour de 3 autres matières, chacune également répartie entre TRA et TRB ; il s’agit de :
- « 4 échappées dans le miroir de Boomerang » qui sont autant de reprises du Génie du Lieu 1, elles intègrent dans Transit d’autres espaces géographiques et d’autres strates biographiques et littéraires ;
-« 8 éclaircies dans l’épaisseur du Nord Ouest » qui installe dans l’œuvre l’espace canadien ;
- « 16 hommages à l’artisan de la vallée » qui développent le thème égyptien en alternant :
C’est dans cet ensemble que je vais considérer la place de PN, avant d’en faire l’archéologie.
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