Accueil > Les rossignols du crocheteur > BUTOR Michel > 2005 - Une lecture de « Transit » de Michel Butor
RAPHAËL MONTICELLI
Depuis ma lecture de Pique Nique du pied des Pyramides (Michel Butor sur les œuvres d’Henri Maccheroni), je cherche à comprendre comment Butor écrit sur les œuvres des artistes. Comment il passe d’un regard sur une œuvre à un texte qui en rend compte. J’avais réfléchi sur cette question quand la bibliothèque de Nice m’a proposé d’être l’un des contributeurs de l’ouvrage « Michel Butor à Nice » qui devait accompagner l’exposition qui devait lui être consacrée en 2005. Une version du Pique nique figurant dans Transit, le quatrième Génie du lieu, j’ai proposé à Butor et Maccheroni, puis à la bibliothèque, de donner une lecture de cet ouvrage en me focalisant sur la place qu’y occupe Pique nique et le rôle qu’il y joue.
On trouvera sur ce site une approche plus complète de Transit par Henri Desoubeaux..
Ouvrir la lecture que Desoubeaux propose pour Transit.
4.- LES STRATES I ET II
Ce processus de textualisation est particulièrement visible quand on compare PN II, première version imprimée, à PN I, version manuscrite prototypique, et quand on examine comment a pu se produire la mise en texte d’un regard sur une œuvre.
Il manque, dans PN II bon nombre de segments que l’on trouvera dans les versions ultérieures : les mentions d’heures, les angoisses, le silence, l’effroi, les 10 plaies d’Égypte : c’est au fur et à mesure des versions que PN acquiert, dans sa dominante « conversation », une dimension tragique, accompagnée d’une dérision de plus en plus violente à l’endroit des participants au pique-nique. Dans ces versions postérieures, répétitions, amplifications, gradations, construisent, au fur et à mesure que passe le temps (de midi dans la première partie, à 7 heures dans la 8e), et que s’emplit le grand sablier, l’impression d’un assombrissement général :de l’éclat du soleil, il ne reste que la lueur des éclairs ; du vin rouge -qui ouvre PN dans toutes ses versions- et du rouge de la pastèque ou du jambon, on passe à celui de l’eau changée en sang de la première des plaies d’Égypte, pour finir sur la marque rouge dont la présence sur la porte doit protéger de la mort, mais dixième plaie, -
Un spectre entra dans chaque maison (...) dont la porte n’était pas marquée de rouge (...) et tous les premiers nés mâles moururent
Quant aux voix, anodines d’abord, au pire mauvaises langues, elles deviennent de plus en plus inquiétantes ; se font impérieuses : Taisez-vous !, alternent avec le grand silence, ne sont que tissus d’erreurs ou de mensonge ; et s’amplifient en foule ou cri plaintif pour finir en abîme de voix.
Si cette montée tragique est propre aux dernières versions, il existe au moins 3 caractéristiques majeures de la version finale qui appartiennent déjà à PN Il et qui rompent avec PN I.
La principale raison de ces différences majeures entre PN I et PN II tient au fait que les10 textes de PN I sont manuscrits sur des œuvres plastiques à la construction desquelles ils contribuent, alors que PN Il est pensé comme un ensemble textuel qui doit présenter en lui-même sa cohérence et sa raison.
Ainsi, le nombre des textes de PN I est dicté par le nombre d’œuvres que HM a proposées à l’intervention de MB. Que la décision ait été le fait du peintre, ou qu’elle résulte d’une négociation, elle est, dans tous les cas, déterminée par une exigence qui n’est pas purement textuelle.
La longueur des textes de PN I (désormais T1 à T10) est très variable : T1 comporte 78 segments, quand T9 en compte 37, T10 34 et T5 120. Là encore, le nombre des segments n’est pas dicté par les seules exigences du texte, mais par la place disponible que le peintre a laissée à l’écrivain. Ainsi, par exemple, la pièce 5 se présente comme un triptyque de 56 cm x 99 cm où l’intervention du peintre, préalable à celle de l’écrivain, le carré-bronze, occupe la partie centrale, légèrement décalée vers le haut, dégageant à gauche et à droite deux espaces de 56 x 3 que le texte occupe entièrement, ainsi que, dans le bas de la partie centrale, une place de 3 x 6 env. occupée par le texte.
À l’inverse, les pièces 7, 8 et 9 se développent sur un format de 76 x 56, dans lequel le carré-bronze occupe, dans le milieu un carré virtuel de quelque 30 cm de côté, répartis de part et d’autre des médianes, ce qui impose au texte un espace d’environ 45 x 15. Dans PN I, chaque texte manuscrit, même s’il appartient à une même série, constitue - avec l’intervention du peintre - une œuvre relativement autonome, c’est ce qui fonde à parler d’un ensemble de pièces et de textes et non de parties. Si le texte trouve sa nécessité dans des exigences textuelles : textes spécifiques de départ, mise en segment, organisation des segments entre eux. mais aussi dans les nécessités purement plastiques qui lui imposent par exemple sa longueur et sa disposition.
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