Accueil > Les rossignols du crocheteur > BUTOR Michel > 2005 - Une lecture de « Transit » de Michel Butor
RAPHAËL MONTICELLI
Depuis ma lecture de Pique Nique du pied des Pyramides (Michel Butor sur les œuvres d’Henri Maccheroni), je cherche à comprendre comment Butor écrit sur les œuvres des artistes. Comment il passe d’un regard sur une œuvre à un texte qui en rend compte. J’avais réfléchi sur cette question quand la bibliothèque de Nice m’a proposé d’être l’un des contributeurs de l’ouvrage « Michel Butor à Nice » qui devait accompagner l’exposition qui devait lui être consacrée en 2005. Une version du Pique nique figurant dans Transit, le quatrième Génie du lieu, j’ai proposé à Butor et Maccheroni, puis à la bibliothèque, de donner une lecture de cet ouvrage en me focalisant sur la place qu’y occupe Pique nique et le rôle qu’il y joue.
On trouvera sur ce site une approche plus complète de Transit par Henri Desoubeaux..
Ouvrir la lecture que Desoubeaux propose pour Transit.
3. INVESTIGATIONS DANS LA STRATE VII
(les différences entre VIl et ss)
une certaine absence de sable
On a déià repéré deux différences majeures entre PN VI et les deux versions suivantes : PN VI est enrichi de variations typographiques, mais li ne dispose pas des repères. Ces observations ont d’ores et déjà permis de mesurer comment un texte de MB prend la forme définitive qui lui permet de s’inscrire dans une structure littéraire plus affirmée. Il est une autre différence dont l’observation permet de tirer quelques enseignements :le mot « sable », répété 141 fois en PN VIII et XI n’apparaît qu’une seule fois dans les versions I à VI. Sa présence en PN XI est régulière et simple : à une exception près li apparaît tous les 3 segments, quel que soit le texte d’origine des segments, et li ne termine aucune des parties, même si elles s’achèvent sur une séquence de 3 segments. L’effet d’envahissement est d’autant plus efficace que les répétitions du mot « sable » suivent, dans chaque partie, une progression évidemment proportionnelle à l’augmentation du nombre des segments. Ainsi, le thème de l’envahissement par le sable, simplement énoncé jusqu’à PN VI est, à partir de PN VIII, textuellement mis en acte. Il transforme le pique-nique en désert, ou, mieux encore, en un énorme sablier qui mesure le temps autrement que ne le fait la seule et régulière énonciation de l’heure qu’il est, l’augmentation de la masse de sable d’une partie à l’autre produisant, tout en l’inversant, une image... pyramidale...
On peut sans doute croire MB quand li dit qu’il a pensé à ajouter du sable dans PN lors de son deuxième voyage en Égypte, en 1987, quand HM et lui ont pu organiser le pique- nique décrit dans PN et que, sur place, li a d’abord été frappé par la présence du sable dans les sandwiches et son absence dans le texte.
On peut aussi rappeler que ce thème du sable est l’un des plus anciens d e la collaboration entre MB et HM ; on le voit déjà en 1976, sous le très joli descriptif qui suit le titre Provision :
Un peu de sable et un poème de Michel Butor sur une aquarelle pliée d’Henri Maccheroni, enfermés dans un bocal à confiture 1(5 ex.).
On peut enfin avancer l’idée que ce sable devenait textuellement nécessaire à partir du moment où li disparaissait du contexte. La différence majeure entre PN VI et PN XI, c’est que PN XI bascule entièrement d’un environnement encore plastique à un environnement purement littéraire. Les dates de parution confirment que PN VIII et PN XI sont la même version dans une présentation différente ; la référence, unique, aux Égypte bleu est alors significative pour ce qui nous concerne. Le descriptif de cette série donné par HM en 1985 commence de la façon suivante :
Égypte-bleu : sur des cartons beige-sable, de format carré, des bandes adhésives diagonales, verticales, horizontales s’entrecroisent en forme de x ou de +
Si le ton sable des cartons employés par HM a pu être l’un des éléments où prend son origine le commentaire égyptien que MB fait de son œuvre, la sortie du texte hors du domaine plastique impose la textualisation de cet élément disparu. Le même processus est toujours à l’œuvre depuis les premiers rapports que MB entretient avec les peintres ; c’est ce qui frappe, par exemple, lors de la lecture de Litanie d’eau que MB écrit à propos d’une série de gravures de Mazurovsky, en 1964, et qu’il charge d’autant plus de références colorées, dans toutes la gamme du prisme, qu’elles sont absentes du travail du graveur.
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