Accueil > Les rossignols du crocheteur > BUTOR Michel > Approche du continent Butor
RAPHAËL MONTICELLI
Ce texte a été publié en 1991. Il préface l’ouvrage « Échanges, carnets 1986 » de Michel Butor, Z’édition ed, Nice.
2. quelques types de rapports entre texte et figure
Tout, dans la variété des rapports entre texte et figure, se passe comme s’il y avait de la part de Michel Butor exploration systématique : texte manuscrit original ou reproduit, imprimé, présent dans le corps même de l’œuvre, sur le même support et dans un autre espace, dans un espace différent, l’oeuvre pouvant même être absente voire oubliée ; dans quelques cas un graphiste intervient pour faire jouer texte et figure.
a. imprimés sous le regard de l’œuvre
Les premiers textes de Michel Butor sur les œuvres plastiques sont imprimés. Il s’agit en l’occurence du travail qu’il a réalisé sur dix gravures de Masurovsky et publié en 1964 et pour lequel le rapport entre présentation du texte et gravure a été longuement et minutieusement pesé. Les gravures de Masurovsky envoyées à Michel Butor à partir de 1957 se présentent comme des masses issues du bas de la feuille et donc comme s’élevant, et résultant d’un travail d’incision serré, mêlant traits rapides et courbes, suggérant ainsi des formes emplies d’air et d’eau. [12] Dans l’entretien que publie la revue Oblique [13], Michel Butor précise :
« (...) j’ai eu beaucoup de difficultés à trouver la disposition du texte par rapport aux gravures. J’ai donc fait des essais, des centaines de pages dactylographiées pour essayer de trouver comment
disposer les choses, et nous sommes arrivés peu à peu à la solution suivante : le texte entoure la gravure qui lui correspond. La gravure se trouve sur une feuille séparée, et le texte est imprimé sur une double page qui l’entoure. Et comme c’est un format très allongé, il fallait qu’il y ait des lignes longues, si bien que j’ai peu à peu disposé le texte en strophes de dix longues lignes. »
Lors de la publication de Litanies d’eau dans le numéro spécial de la revue Obliques, le texte original fut « interprété typographiquement » par Pierre Faucheux.
De la même façon le texte de présentation de l’exposition Stämpfli chez Sonia Zannettacci en 1982 [14] joue sur l’aspect du travail de Stämpfli : les figures angulaires des chevrons qui forment les reliefs des pneus des véhicules servent de prétexte à des constructions géométriques aux couleurs franches nettement délimitées. Le texte de Michel Butor, masqué par des caches aux formes de chevrons, s’inscrit donc dans des géométries analogues à celles des œuvres de Stämpfli reproduites en regard. Le texte est traduit en anglais, allemand et italien et pour chacune de ces langue le même procédé est employé ; chaque langue est imprimée dans une couleur différente : français en noir, anglais en bleu, allemand en rouge et italien en jaune.
Dans Une chanson pour Don Albert sur Seize et une variations d’Albert Ayme [15], à la suite de la reproduction de la série des dix sept variations que le peintre avait fait subir à une forme quelconque « trouvée » en 1963, Michel Butor donne un texte imprimé en bleu et mêlant, pour le même caractère, des corps différents selon qu’il dévide sa chanson ou qu’alternativement, il donne des explications sur sa façon de procéder.
L’attention à la disposition et à la qualité typographiques, à la longueur des lignes, aux découpages de texte, à la coloration de l’impression, que nous avons déjà rencontrée chez l’auteur de Mobile, de La Description de San Marco, de Boomerang se retrouve ici dans le rapport plastique entre impression et œuvre plastique depuis les origines de son rapport aux peintres, et comme une préoccupation constante.
Parallèlement à des publications où l’impression du texte elle-même fait partie du travail et du regard sur l’œuvre, il en existe évidemment d’autres qui remplissent leur rôle utilitaire habituel, la reproduction d’une œuvre venant alors illustrer le propos poétique qui lui est consacré. Mérite pourtant attention le cas particulier où le texte imprimé reprend un texte manuscrit reproduit, ainsi dans Œuvres Croisées - Opere Incrociate [16] , ou La Parole est aux Couleurs [17] , Les textes imprimés
reprennent ceux qui sont manuscrits sur les œuvres. Dans le cas d’Hérold chacune des « gouaches rehaussée par la plume de Michel Butor » est reproduite et accompagnée, en regard, du texte de Butor imprimé. Dans le cas de Maccheroni, le texte Pique-Nique au Pied des Pyramides est entièrement imprimé mais les œuvres sur lesquelles il figure ne sont que partiellement reproduites. Avant de nous interroger sur le sens de ces variations de l’impression chez Michel Butor, il nous faut examiner les diverses modalités possibles du rapport entre écriture manuscrite et espaces plastiques.
[12] À vrai dire le tout premier texte écrit sur un artiste concerne Enrique Zañartu (1958) ; on le trouvera dans Illustrations 1
[13] Obliques, Michel Butor et Grégory Masurovsky, numéro spécial de février 1976.
[14] Tenue de Route pour Peter Stämpfli, mis en image par David Weissenberg, ed Galerie Sonia Zannettacci, Genève 1988.
[15] Seize et une variations d’Albert Ayme avec Michel Butor, Dominique et Jean Yves Bosseur, ed Traversières, Paris 1983
[16] Michel Butor, Henri Maccheroni Œuvres croisées 1975-1985 Opere Incrociate, ed Casa Usher, Florence 1986
[17] Jacques Hérold Michel Butor, La parole est aux couleurs ed Galerie Sonia Zannettacci, Genève 1989
Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.