Accueil > Les rossignols du crocheteur > ALOCCO, Marcel > 2004 - Guetteur de ce qui nous doue de lointain
RAPHAËL MONTICELLI
Cet entretien est paru dans le numéro spécial de la revue Nu(e) consacré à Marcel Alocco.
Réunir ce qui est épars
Alain Freixe
Alocco est sans doute bien cet artiste de la distance que tu décris. Mais cette présentation n’est-elle pas quelque peu mise à mal, en tout cas bousculée par d’autres pratiques caractéristiques de Marcel Alocco. Je pense à la couture et au réinvestissement qu’elle suppose du côté de l’artiste, côté corps et cœur, ou à ce tissage/tressage de cheveux qui t’avait toi même tant troublé parce que, sans doute, pour le coup, il n’y avait pas assez de distance entre le peintre et son sujet…
Raphaël Monticelli
Prenons les choses dans l’ordre. Et d’abord la couture. La couture c’est ce procédé qui va permettre à Alocco de mettre ensemble –différemment- ce catalogue de formes éloignées les unes des autres, ces images, piquées à tous les contextes et à toutes les cultures. Il faut cependant noter au passage que ce qui est recousu ensemble, après la déchirure, ce ne sont pas les images, mais les tissus portant des fragments d’images plus ou moins identifiables.
Ensuite il nous faut bien peser tout l’intérêt de ce travail sur la diversité des images. L’œuvre d’Alocco ressortit en effet d’une esthétique dans laquelle on confronte des éléments qui n’auraient pas dû être confrontés. Cette esthétique dépasse Alocco, comme elle dépasse nos générations. Elle traverse au moins tout le vingtième siècle.
Dans le travail d’Alocco, elle est à l’œuvre dès les premières séries plastiques. Dans « le tiroir aux vieilleries », en 1966/67, Alocco récupère des fonds de tiroir, ou supposés tels, et met ensemble ces objets divers dans de petites boites à couvercle de celluloïd transparent. On pense immédiatement à l’Apollinaire de la juxtaposition des images, qu’on trouve dans « zone » ou dans « Il y a », avec un traitement plastique qui fait bien référence aux « Calligrammes ». On pense aussi à Lautréamont, ça va de soi…
Les « vieilleries » de ces tiroirs-là étaient des vieilleries personnelles : Tickets de bus, porte clef, cachet d’aspirine, capsule…
Avant d’en arriver au Patchwork, on a besoin de ce même type de mélange, et doublement. Au moment où Alocco met en place son « alphabet », son « idéogrammaire »…
Alain Freixe
Tu veux dire, le fait que revienne le cheval de Lascaux..
Raphaël Monticelli
et le sigle PTT, et une lettre, et un chiffre, et une femme Peuhl etc… Mais avant d’utiliser ces images connues de tous, en 1967-68, juste après le « tiroir aux vieilleries », les « signes » les « idéogrammes » qu’il employait, lui étaient « personnels », ils étaient constitués de signes élaborés par lui, faisaient partie d’une « idéogrammaire », et se présentaient ou se combinaient sur la toile selon des modalités qui mêlaient au moins plasticité et linguistique. Il faut attendre 1972-73 pour voir apparaître comme « signes », ces références culturelles que nous venons de lister.
Alain Freixe
Le mélange, pour le coup, va contre la distance
Raphaël Monticelli
Puisque ce qui est réuni, c’est ce qui est distant.
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